La 3ème dimension

Le monde qui nous entoure existe en trois dimensions.

Quand le dessinateur décide de donner l’illusion d’un monde tridimensionnel sur un papier, support privé de profondeur, il a recours à des artifices, des techniques pour tromper l’œil.

Les deux techniques mises le plus souvent en œuvre sont :

  • le modelé (l’ombre et la lumière en quelque sorte)
  • la perspective (la construction juste)

Ces deux moyens sont généralement choisis en premier lieu pour «expliquer» et reproduire ce qui nous entoure en créant une illusion de profondeur.

Le modelé ne présente aucune ligne mais des plans gradués en fonction de la lumière reçue par la scène.

La perspective se construit à partir de lignes et n’a pas besoin de tenir compte de la lumière qui éclaire la scène pour être explicite.

L’appréciation du modelé et de la perspective passe par l’œil, notre appareil photographique ultra sophistiqué avec pellicule réutilisable, carte mémoire intégrée (câble fourni), diaphragme commandé par cellule et enfin système de mise au point télémétrique automatique.

Nous avons un double équipement, ce qui nous offre tous les avantages de la vue en relief. Dessiner en perspective, c’est un peu se priver d’un œil et reproduire fidèlement la vue qu’on a avec l’autre. Si l’on pouvait s’en tenir là, nos dessins seraient justes, comme une photo où chaque point d’une scène se projette sur la pellicule sans se laisser influencer.

Le cerveau se mobilise pour soutenir la raison. Le cerveau s’efforce de convaincre notre raison que cette route, dont la largeur rétrécit au loin, comme cette voie ferrée, offriront en réalité une largeur suffisante pour le passage des véhicules. Ce n’est pas faux. Pourtant nous les voyons bien se rétrécir. Aussi, au moment de dessiner, il est toujours difficile d’accepter que, pour transcrire fidèlement la réalité, il faille mettre de côté la raison et la logique pour se focaliser exclusivement sur la perception visuelle.

Cette route qui serpente semble rétrécir au fur et à mesure qu’elle s’éloigne de notre point d’observation. Cette voie ferrée donne l’impression que les rails vont finir par se rejoindre. Visuellement c’est exact, mais nous savons qu’il n’en est rien en réalité.

Il a d’ailleurs fallu un certain temps pour que nos modes de création ou de lecture d’images adoptent les codes de la perspective. De nombreuses œuvres du Moyen Age, si belles soient-elles, représentaient l’idée logique et non la perception visuelle.

Cette reproduction d’enluminure montre clairement la logique qui présente l’échiquier en plan mais pas les pièces posées dessus. On remarquera en particulier que les pièces sont, non seulement de profil, mais tournées dans la direction vers laquelle tend le déplacement durant la partie. Quant aux joueuses, elles sont assises, mais leurs corps ne viennent pas en avant-plan de l’échiquier. Notez aussi les chapiteaux pratiquement représentés en coupe transversale. Ainsi plusieurs « points de vue » se trouvent représentés donnant pour chaque élément la meilleure « explication » possible au spectateur.

La vue est une illusion permanente à laquelle nous sommes habitués à croire. Le dessin est un travail d’illusion qui doit convaincre s’il ne veut paraître, ni naïf, ni artificiel.

Votre raison, votre crayon et votre œil ont quelques divergences et auront donc un certain nombre de comptes à régler ensemble. Nous, nous allons tenter de trancher avec objectivité, en toute connaissance de cause. Pour cela, nous allons commencer par nous intéresser d’un peu plus près au magnifique organe qu’est notre œil.