Honoré Daumier (1808 – 1879)

Honoré Daumier

Honoré Daumier

Parmi les dessins du jour affichés sur la page d’accueil de Signus, nous avons pu voir deux lithographies d’Honoré Daumier. Je ne connaissais pas très bien l’histoire de ce célèbre caricaturiste et j’ai donc fait des recherches pour en savoir davantage et pour faire le parallèle avec ce que Piet nous indique dans le module sur l’expression, à savoir la participation du corps dans l’expression d’un sentiment extérieur. Cela est particulièrement vrai dans le travail d’Honoré Daumier. Je propose de partager avec vous quelques résultats de mes recherches.

Honoré Daumier est devenu célèbre lorsqu’il fut emprisonné en 1832.
Il n’a alors que 24 ans. Il est condamné à 6 mois de prison pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi » après avoir dessiné la caricature de Louis Philippe sous les traits de Gargantua (Bibliothèque Nationale de Paris).

gargantua par Honoré Daumier

Le Roi est ici représenté en train de digérer sur son siège percé, l’argent remis par le peuple affamé. Cependant, Daumier réussit à obtenir un sursis mais n’arrêta pas pour autant ses caricatures antigouvernementales.

Aussi, il finit par être véritablement incarcéré à Sainte-Pélagie après la caricature des « Blanchisseurs » représentant d’Argout (ministre et gouverneur de la Banque de France), Gisquet (banquier et ministre) et le maréchal de Saxe en train de laver le drapeau tricolore pour en faire disparaître le rouge (légende du dessin : le bleu s’en va, mais ce diable de rouge tient comme du sang.)

Les blanchisseurs par Honoré Daumier

Les blanchisseurs par Honoré Daumier

Honoré Daumier collabore au journal « la Caricature » dont le fondateur, Charles Philipon est un journaliste, lithographe et militant anti-royaliste acharné. Honoré Daumier est un défenseur des valeurs de la république. Il dénonce l’injustice faite à la population et condamne les profiteurs, et tous ceux qui portent atteinte à la liberté de quelque façon que ce soit. Aussi, entre la plume de Philipon et le crayon de Daumier, le Roi (ou ce qu’il représente) et le gouvernement seront des cibles privilégiées.
C’est en prison, où ils se retrouvent ensemble, que Philipon décidera de créer un nouvel illustré : « Le Charivari » car la Caricature croule de plus en plus sous les procès.

De Sainte Pélagie, Daumier ne fit pas de caricature contre le gouvernement, mais on lui doit un beau dessin appelé « Souvenir de Sainte-Pélagie » où un jeune républicain lit le journal « la Tribune » à un artiste alors qu’un homme plus âgé est complètement absorbé par les paroles du jeune lecteur :

Sainte-Pélagie par Honoré Daumier

Honoré Daumier est un observateur à la mémoire visuelle particulièrement développée. Tous les gens de justice qu’il a côtoyés pendant son incarcération ne se doutaient probablement pas du sens aigu d’observation de Daumier (voir « les gens de justice »).
Sa mémoire visuelle est réputée sans faille. De plus, il a exploré toutes les possibilités de la lithographie et est devenu un virtuose qui influencera des peintres tels que Degas (grand collectionneur des lithographies de Daumier), Renoir, Cézanne, Monet, Manet, Toulouse-Lautrec.

A la demande de Philipon, entre 1831 et 1834, Daumier exécute de mémoire pour la vitrine du journal, 36 bustes en terre crue colorée, représentant les personnages politiques les plus en vue et particulièrement hostiles à la presse républicaine.
Malgré les déformations (nez allongés, joues creusées…) la ressemblance est là. Ils les ridiculisent tout en mettant en avant leurs expressions lors de débats ou d’affrontements dans les chambres de pairs ou de députés.

Buste de François Pierre Guillaume Guizot

Buste de François Pierre Guillaume Guizot – Tous les bustes sont visibles au musée d’Orsay à Paris.
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/bustes-daumier.asp
http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?analyse_id=428

Une des plus populaires et dramatiques lithographies d’Honoré Daumier est « la rue Transnonain » (1834). Un jour d’émeute, en guise de répression, les soldats massacrèrent des habitants du 12 de cette même rue.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_la_rue_Transnonain
Chamfleury écrit : « qui veut se rendre compte de l’époque de Louis Philippe doit consulter l’œuvre de Daumier ».

Massacre de la rue transnonain par honoré daumier

En 1835, de nouvelles lois imposent la censure et la demande d’autorisation préalable. Le journal La Caricature ne peut plus poursuivre son activité et disparaîtra cette même année. On verra sur la dernière parution une lithographie appelée « c’était bien la peine de nous faire tuer !»

Caricature par Honoré Daumier

Caricature par Honoré Daumier

 

La suite de cet article : Honoré Daumier (partie 2)

 

 

Les gens de justice - Lithographie Honoré Daumier "Vous avez perdu votre procès c'est vrai... mais vous avez dû éprouver bien du plaisir à m'entendre plaider"

Honoré Daumier (partie 2)

A la suite de ces lois (voir Honoré Daumier partie 1) Daumier arrête la caricature politique pour la caricature de mœurs de ses contemporains jusqu’en 1848. Daumier savait observer l’être humain. Ses dessins nous montrent à quel point il savait révéler les attitudes et les allures de ses contemporains. Il ne laisse aucun détail au …

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